20.12.2009
Avatar
Malgré sa paralysie, Jake Sully est recruté pour se rendre à des années-lumière de la Terre, sur Pandora, où de puissants groupes industriels exploitent un minerai rarissime destiné à résoudre la crise énergétique sur Terre. Parce que l'atmosphère de Pandora est toxique pour les humains, ceux-ci ont créé le Programme Avatar, qui permet à des " pilotes " humains de lier leur esprit à un avatar, un corps biologique commandé à distance, capable de survivre dans cette atmosphère létale.
En ce qui concerne le cinéma, l'année 2009 aura été un excellent cru : "Inglorious Bastards", "Gran Torino", "Coraline", "Les 3 Royaumes", "Zombieland", "Watchmen", "Là Haut", "Démineurs", "l'Age de Glace 3" et j'en passe.
En matière de Science Fiction musclée, le récent « District 9 » aura d'ailleurs créé la surprise en recevant à la fois les louanges du public et de la presse. Fait rare pour un film de genre.
Sa mise en scène exemplaire et incroyablement réaliste, conjuguée à un scénario inhabituellement noir et à des effets visuels bluffants, le classait directement parmi les meilleurs films de SF de tous les temps. Sa technique de motion capture, popularisée avec le personnage de Gollum dans la trilogie de Peter Jackson, franchissait une toute nouvelle étape dans l'animation de synthèse.
(cf : ma critique sur « District 9 »)
Les qualités techniques de « District 9 » et sa cruauté rare ont vite fait de lui le phénomène de cette fin d'année et le classaient déjà favori aux oscars.
C'était il y a six mois.
16 décembre 2009. "Avatar" de James Cameron sort sur les écrans.
Le film est précédé d'une campagne médiatique gigantesque, tellement pesante qu'elle en dégoûterait presque d'aller voir le film. Pourtant l'attente est bel et bien de taille : non seulement il s'agit du nouveau film de l'un des réalisateurs les plus influents de ces dernières décennies (« Terminator » 1 et 2, « Aliens », « Abyss », « True Lies » et « Titanic » c'est lui...), mais le film est spécialement conçu pour être projeté en 3D.
Grande nouvelle?
Oui et non. Si l'idée de voir le film en trois dimensions s'avère alléchante, il n'est pas le premier cette année à offrir cette expérience (« Coraline », « Là Haut »...). Exit donc l'effet de surprise. Mais plus important encore, attirés par le potentiel commercial de la 3D, les nouveaux réalisateurs risquent fort de privilégier le spectacle pur au détriment d'un scénario digne de ce nom. Le dernier opus de la série des « Destination Finale » en est la preuve.
Alors, "Avatar", projet démentiel ou vulgaire produit commercial et opportuniste?
S'il y a bien quelque chose qu'"Avatar" n'est pas, c'est bien un produit opportuniste. Si la plupart n'ont entendu parler du film que récemment (avec le rabattage médiatique), Cameron aura pourtant travaillé dessus pendant quinze années de sa vie !
En réalité, le projet avait été abordé à l'époque de « Titanic » (1997).
Suite au succès colossal du film, Cameron est harcelé de toute part pour savoir quel sera son prochain film. "Avatar" est alors mentionné mais Cameron stipule clairement qu'il ne réalisera pas le film tant que les effets spéciaux ne lui permettront pas de porter ses visions à l'écran.
Les années passent et les effets spéciaux deviennent de plus en plus performants.
On assiste à de véritables révolutions technologiques avec « Le Seigneur des Anneaux » (et la « performance capture », qui permet à un ordinateur d'enregistrer les gestes et expressions faciales d'un acteur pour les retranscrire sur un personnage en images de synthèse) ou les nouveaux « Star Wars » et leurs mondes entièrement numériques.
En 2002, Cameron découvre donc Gollum, premier personnage de 3D hyperréaliste convaicant, décide enfin de ressortir "Avatar" du placard et se lance dans le plus grand secret (quid du scénario ou des acteurs?) sur son projet révolutionnaire.
Car inutile de tergiverser : malgré les innombrables évolutions techniques de ces dernières années et les 15 ans d'attente qui auraient pu faire tomber le film dans l'oubli ou se faire couper l'herbe sous le pied (« District 9 », encore une fois), "Avatar" est sans conteste LA révolution technique tant espérée.
Il y aura bien un avant et un après "Avatar" tant ce film va certainement changer notre vision du cinéma tel que nous le connaissons. Pas seulement pour la 3D mais parce que le film, réalisé avec des techniques d'une innovation bouleversante, offre des images de synthèse d'un réalisme JAMAIS vu sur les écrans.
"Avatar" est assurément une expérience sensorielle sans précédent qui va faire date.
Aujourd'hui au cinéma, il est de plus en plus difficile de surprendre un public, blasé, habitué à voir les choses les plus extravagantes qui soient prendre forme sur un écran.
Dans ce cas, "Avatar" est une grosse claque dans la face dont on mettra longtemps à se remettre.
Ce n'est pas un hasard si le début du film laisse perdurer un écran noir durant quelques-interminables-secondes : dès le premier plan, on sait que l'on est en train de vivre un moment hors du commun, cinématographiquement parlant.
On vient de quitter la salle obscure du cinéma pour être directement projeté dans l'univers de Cameron.
La planète Pandora où se déroule l'intrigue est une succession de paysages éblouissants qui explosent la rétine. La beauté de la faune et de la flore qui la peuplent écrasent littéralement la jungle luxuriante du nouveau « King Kong », référence en la matière.
De même, les véhicules et les robots de l'armée humaine sont d'une crédibilité à toute épreuve, presque palpables. On est loin de la bouillie numérique de « Matrix Revolution ».
Cameron balaie ainsi instantanément des centaines de films récents, considérés comme des références en technologie visuelle (les « Transformers » de Michael Bay sont déjà de l'histoire ancienne) et se réinstalle avec panache sur son trône de cinéaste visionnaire, qu'il avait quitté en 97.
Pour donner vie au bestiaire de Pandora, Cameron accorde également un soin tout particulier à l'environnement sonore du film.
Les gens ont tendance à oublier que pour que quelque chose qui n'existe pas dans la réalité (images de synthèse, miniatures, marionnettes...) semble crédible à l'écran, le visuel ne suffit pas. Pour qu'une créature paraissent authentique, des effets sonores de qualité sont indispensables.
D'ailleurs, les monstres les plus célèbres du cinéma américain ne possèdent-ils pas tous des sons uniques (le rugissement du T-Rex dans « Jurassic Park », les créatures de « Star Wars » ou du « Seigneur des Anneaux »...).
Tout comme pour les exemples cités ci dessus, le travail effectué sur les créatures de "Avatar" leur garantissent une vraie « personnalité », ce qui les rend d'autant plus effrayants et majestueux à la fois.
Toujours en ce qui concerne le son, la B.O. est également très présente. Choeurs de femmes, chants traditionnels et tambours de guerre subliment la vision de cet univers féérique et garantissent un dépaysement total.
Si cette fois James Horner (qui retrouve Cameron après « Titanic ») ne sera probablement pas oscarisé, il nous offre néanmoins des mélodies grandioses et terriblement immersives.
Quand un film vous arrache une larme simplement parce que la symbiose entre la musique et l'action est telle qu'elle vous fait littéralement frissoner, le nirvana n'est pas loin...
Conscient des atouts de sa nouvelle technique, Cameron se permet absolument TOUT les délires qui lui passent par la tête. Il a attendu 15 ans pour pouvoir concrétiser ses visions, pourquoi se donner des limites maintenant ?
On connait Cameron pour son talent et sa faculté à créer des scènes d'action inoubliables et à l'ampleur démesurée. Pas de doute, "Avatar" est une bombe.
Une bombe dont la mèche est allumée : plus la mèche brûle et plus la tension monte, jusqu'à l'explosion que l'on attend fébrilement car on sait que tout ce que le film nous a dévoilé n'a pour but que de nous préparer à l'apothéose.
Les scènes d'action vont ainsi crescendo jusqu'au combat final ; colossal et homérique qui est d'ore et déjà un morceau d'anthologie qu'il va être dur de surpasser.
Mais, en dehors de sa patte inimitable pour le spectaculaire, ce qui différencie James Cameron du cinéaste moyen c'est sa capacité innée à raconter une véritable histoire. Et une histoire intelligente de surcroît.
Les personnages sont parfaitement convaincants et, bien que nombreux, tous dotés d'une vraie psychologie. Dès leur apparition à l'écran, on ne peut qu'éprouver de la sympathie pour eux ; « Avatar » est l'anti « 2012 »...
Aucune intrigue secondaire ne vient parasiter un scénario passionnant et même l'histoire d'amour-à la « Pocahontas »-entre Jake et Neytiri ne semble jamais placée artificiellement.
Le cinéaste l'a toujours dit : « la science fiction n'est pas un moyen de prévoir notre futur mais de réfléchir sur notre présent ».
Là où certains auraient pu faire de « Terminator 2 » un vulgaire film d'action sans âme, Cameron introduisait une dimension psychologique essentielle qui nous amenait à nous remettre en question : « Si une machine comme le Terminator peut comprendre l'importance d'une âme humaine, peut-être le pouvons nous aussi... ».
En mariant action pure et réflexion philosophique, Cameron créait le film pop corn qui fait réfléchir. Le blockbuster intelligent est né.
Les frères Wachowski prendront le relai avec « Matrix », qui nous interroge sur notre dépendance vis à vis des machines.
Profondément humaniste, Cameron va encore plus loin avec "Avatar".
Il se permet de (re)mettre en scène l'histoire de notre civilisation. Rien que ça.
Et malgré toute la propagande patriotique qui tente de nous faire croire le contraire, notre société telle que nous la connaissons n'est que le résultat d'années de luttes, d'invasions et de colonisations dans le but de s'approprier des terres ou des richesses.
Dans "Avatar", les humains chassent et détruisent les Na'vi pour prendre les pierres précieuses qui se trouvent sur leurs terres. Remplacez maintenant « humains » par « colons »/ ou « américains », « Na'vi » par « indiens », « Irakiens », « Afghans », et « pierres précieuses » par « or »/ « pétrole » ou « armes de destruction massives »...Pas besoin de vous faire un dessin.
Est-ce un hasard si les Na'vi et leur relation métaphysique avec l'univers ressemblent autant aux aborigènes ou aux indiens d'Amérique ?
Loin d'être un blockbuster hollywoodien sans cervelle, "Avatar" est une relecture de notre histoire où les extraterrestres ont simplement remplacé des peuples que nous connaissons bien mais que, finalement, nous connaissons peu.
Le scénario de Cameron impose le respect car s'il navigue en terrain connu (on pense bien sûr à « Danse avec les loups », « La Forêt d'Emeraude »), il se permet des incursions dans un domaine où on ne l'attendait pas : la spiritualité.
Spiritualité, pas religion. Pas la religion pour laquelle des peuples entiers se génocident allègrement et tentent d'imposer leur vision étriquée du monde, mais la spiritualité qui unit tout être vivant en une seule et même entité.
Cette connexion, aussi risible et grotesque semble-t-elle pour notre société occidentale vénale, individualiste et matérialiste, est pourtant mise de plus en plus souvent en avant au cinéma et spécialement dans le cinéma japonais (on sent d'ailleurs l'influence de « Princesse Mononoké » dans "Avatar").
Là où certains se seraient cassés les dents à tenter de mettre en scène cette spiritualité à l'aide d'explications fumeuses et d'artifices grossiers, Cameron la présente avec un sérieux inébranlable, une sensibilité à fleur de peau et un sens de l'image éblouissant ( le parallèle entre les racines et les synapses...).
Autre référence flagrante à notre culture contemporaine, l'avatar lui même : cet être doté de capacités hors du commun qui permet à celui qui l'incarne de réaliser de véritables prouesses physiques.
Comment ne pas voir là le parallèle avec le jeu vidéo où le joueur, plongé dans une réalité artificielle, peut se permettre d'oublier le monde réel, accablant et injuste, le temps de quelques heures pour se transformer en un être surpuissant et accomplir des actions héroïques.
Cameron présente ainsi une image du jeu vidéo bien différente de celle, fortement négative, que l'on voit au journal télévisé.
Quand Jake Sully incarne son avatar pour la première fois, il peut faire ce que lui interdit sa propre enveloppe corporelle : utiliser ses jambes.
A force de passer du temps dans sa « nouvelle peau », il finit par refuser de revenir dans l'ancienne.
L'«avatarisation » agit sur lui comme une drogue : il veut rester l'avatar comme le joueur qui, acculé par un système qu'il rejette et qui le rejette, veut rester son personnage de fiction.
Mais qui peut lui en vouloir?
Si la plupart des films américains récents ne sont que des adaptations de romans, BD, romans graphiques ou remakes de films, James Cameron crée avec "Avatar" un monde unique qui sort de sa propre imagination. L'écosystème de Pandora rassemble des points communs liés à la fois à nos mammifères terrestres et surtout aux fonds marins, si chers à Cameron.
Pour autant, le film est loin d'être vierge de références.
Les Na'vi, par exemple, sont très proches des Indiens par leur approche de la nature mais ils chevauchent des montures reptiliennes réminiscentes de celles des Gungans de « La Menace Fantôme » et vivent dans des arbres géants comme les elfes du « Seigneur des Anneaux ».
Du côté humain, les vaisseaux et les robots bipèdes proviennent tout droit de « Aliens » et de « Starship Troopers ».
Néanmoins, Cameron parvient à créer un monde fantastique, digne alliance entre la technologie de la SF et l'univers merveilleux de l'heroic fantasy, qui marquera les mémoires.
En ce sens, il rejoint directement George Lucas et ses « Star Wars » au panthéon des grands créateurs d'univers.
Mais autant qu'à Cameron et à l'équipe de techniciens talentueux dont il s'est entouré, la réussite du film revient en grande partie aux acteurs.
Pour un film d'une telle ampleur, il est presque inconcevable de ne voir aucune star en tête d'affiche. Mais Schwarzenegger était-il connu avant de devenir le « Terminator »?
Comme toujours chez Cameron, les acteurs ne sont pas de grandes vedettes mais se révèlent tellement géniaux qu'il est impossible d'imaginer leurs personnages joués par d'autres comédiens.
A commencer par Sam Worthington, la révélation de « Terminator : Rennaissance ».
Physiquement, l'acteur ressemble à une tête brûlée, un énième « bogosse » américain qui aurait passé plus de temps en salle de muscu qu'en salle de cours. Mais quand on le voit à l'écran, il y a quelque chose qui cloche avec cette description.
Une lueur dans les yeux, à la fois d'intelligence et de sensibilité.
En un mot : d'humanité. Même si, en tant qu'avatar, il réalise des actions invraisemblables, il n'a rien du héros invincible, typique du cinéma d'action. Misérable en chaise roulante ou guerrier redoutable dans la peau de son avatar, très vite, l'acteur disparaît derrière le personnage pour nous offrir une performance mémorable. Il est parfait.
Simple second rôle, Sigourney Weaver, la « muse » de Cameron (rappelons qu'elle a été nominée aux oscars comme meilleure actrice pour « Aliens », une première dans l'histoire du film de genre) est une fois de plus impeccable. A la fois autoritaire et maternelle, elle incarne une femme forte et indépendante qui n'est pas sans rappeler une certaine Ellen Ripley...
Toujours dans les acteurs plus ou moins connus, on appréciera la présence de Giovanni Ribisi, méchant cynique et volontairement caricatural et de Michelle Rodriguez, épatante, qui joue une femme soldat, proche du personnage joué par Jenette Goldstein dans « Aliens ».
Ce que l'on retiendra surtout du film, c'est le « jeu d'acteur » des Na'vi.
La technique de « motion capture » n'a jamais été aussi bien utilisée. Non seulement la fluidité de leurs gestes, le moindre mouvement des lèvres, la moindre lueur dans le regard donne aux personnages un réalisme jamais atteint auparavant mais en plus, les visages des Na'vi sont calqués sur ceux des vrais acteurs.
Et, sous la peau bleuté, les yeux d'émeraude et les grandes oreilles des Na'vi, on n'a aucun mal à reconnaître les traits familiers des comédiens.
Le résultat est tout bonnement bluffant et deviner le sourire rayonnant de Sigourney Weaver derrière le visage d'une Na'vi est un moment magique.
« Avatar » est là. James Cameron est de retour. Et malgré QUINZE ANS d'attente et le sentiment que le film ne verrait jamais le jour, le résultat est à la hauteur de toutes les espérance. Oui, il y a bien un ou deux passages un peu trop romancés, oui en 2h40, le film montre parfois quelques faiblesses narratives. Mais quelle importance? James Cameron a un don et ce don il l'utilise pour le simple plaisir (bonheur?) du spectateur.
« Avatar » est certainement le meilleur film de l'année, l'aboutissement de la carrière de Cameron et l'un des plus grands films, tous genres confondus, jamais réalisé : il est l'association parfaite entre une mise en scène flamboyante, un casting exceptionnel, des personnages inoubliables et un scénario intelligent,doublé d'un véritable message écologique, qui nous donne à réfléchir sur nous-même.
De par ses qualités plastiques et sonores sensationnelles, on peut déjà proposer des pronostics pour la prochaine remise des oscars : une nomination pour meilleur son, meilleurs effets sonores, meilleurs effets visuels, meilleurs décors et peut-être meilleur montage et meilleur réalisateur.
Attendu comme le Messie, « Avatar » donne au spectateur l'impression de vivre un véritable pas en avant dans l'évolution du cinéma.
Plus qu'une révolution ; une renaissance.
Note : ****
Cette critique ne tient pas en compte l'aspect 3D du film.
Ajout ultérieur : en 3D, l'expérience "Avatar" est décuplée. Immanquable.
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24.10.2009
The Descent : part 2

Rescapée de l'expédition spéléologique de " The Descent ", Sarah émerge seule des grottes des Appalaches, traumatisée par les événements. 24 heures plus tard, le shérif local l'oblige à redescendre sous terre afin de guider l'équipe de secours qui cherche désespérément ses cinq amies disparues.
En 2005, l’un des meilleurs films d’horreur de ces dix dernières années déboulait sans prévenir sur les écrans.
« The Descent » de Neil Marshall (« Dog Soldiers », « Doomsday ») n’aura pas eu l’effet d’une bombe comme « Saw » et ses confrères mais, acclamé par le public et la critique, il aura marqué à vif les cinéphiles chanceux d’avoir pu découvrir le film dans les salles.
En effet, plus que tout autre film d’horreur classique, « The Descent » ne peut dévoiler tout son potentiel qu’à deux conditions : plongé dans le noir et le son à fond.
Filmés en lumière naturelle et uniquement éclairés par leur lampes torches ou frontales, les acteurs du film sont littéralement avalés par les ténèbres, sans aucun repère visuel.
De plus, les « crawlers » (cousins éloignés de Gollum) du film, aveugles, ne pouvant par conséquent se repérer qu’au son, le silence demeure la meilleure arme pour pouvoir leur échapper. Chaque bruit, aussi infime soit-il, entraîne alors une tension presque insoutenable pour le spectateur. Enfin, dans le silence absolu, le rauquement guttural des crawlers hérisserait le poil à plus d’un.
A l’opposé des films basés principalement sur la torture et le gore à outrance (« Saw », « Hostel »…), « The Descent » privilégiait un climat de claustrophobie intense qui prenait littéralement aux tripes. Et au lieu de proposer des ados en chaleur stéréotypés, Neil Marshall avait eu la brillante idée de mettre en scène des victimes potentielles exclusivement féminines.
Et aucun cliché, aucune vulgarité ou remarque mysogine ne venait alors entacher ce tableau prometteur.
« The Descent » présentait des femmes crédibles, au caractère profond, et surtout pleines de ressources.
Sans concession et d’une violence extrême, le film de Neil Marshall nous offrait alors un spectacle terrifiant et déprimant, secondé par une atmosphère étouffante et des scènes d’une sauvagerie rarement vue dans ce genre de production.
En deux mots : un must !
2009, « The Descent : part 2 » débarque sans prévenir.
Une suite, inutile en soit, qui à défaut de créer une énième franchise (rappelons que « saucisse » sort bientôt…), ne cherchera qu’à engranger un peu plus de pognon sur le dos des fans du premier film.
D’autant que c’est un réalisateur débutant qui prend les commandes (Jon Harris est avant tout un monteur réputé).
On ne compte plus les « sequels » à séquelles, mises en scènes par des incapables désireux de redorer le blason d’une franchise, tellement minables qu’on préfère dire qu’elles n’ont jamais existé.
En clair, « The Descent : part 2 » ne partait pas sous les meilleurs auspices.
Et pourtant…
Objectif d’une suite : faire mieux que le précédent.
Généralement, en reprenant les éléments qui ont fait le succès de l’opus originel.
De ce fait, « The Descent : part 2 » suit les consignes à la lettre sans broncher : les acteurs sont plongés dans le noir, dans une grotte, éclairés par les moyens du bord et la violence y est toujours aussi écœurante.
Hormis le fait que le casting exclusivement féminin du premier film laisse place à une mixité plus conventionnelle, « The Descent : part 2 » ressemble trait pour trait à son prédécesseur.
Et finalement, quand de nombreuses suites prennent des libertés impardonnables vis-à-vis du film d'origine, on se dit que ce n’est pas une mauvaise chose.
Les amateurs du film seront donc en terrain connu.
Il n’est pas nécessaire d’avoir vu « The Descent » premier du nom pour comprendre l’histoire mais c’est un avantage évident vu que « part 2 » abonde en références : flash backs, redécouverte des lieux, reprise du thème principal, reproduction des effets de mise en scène…
D’ailleurs les fans du premier opus apprécieront de retrouver la belle Sarah, toujours aussi impressionnante dans sa bestialité et sa capacité à se sortir de situations inextricables.
Bien loin d’une « vulgaire » Lara Croft invincible, son instinct de survie la rapprocherait plutôt de la Sarah Connor (tiens, elles ont le même prénom en plus, coïncidence ?...) des premiers « Terminator ».
Un personnage remarquablement bien écrit et interprété avec force et charisme par Shauna MacDonald, une actrice à suivre.
Evidemment, la plupart des nouveaux personnages, gibier en devenir, passeront à trépas dans d’atroces souffrances et des geysers d’hémoglobine mais on n’en attendait pas moins d’eux.
Visiblement complexé par la violence extrême du premier film, Jon Harris nous livre des scènes d’une cruauté rare.
Pour survivre tous les moyens sont bons, et comme dans le premier «The Descent », les personnages, au départ sans défense, vont se muer en véritables machines à tuer, allant jusqu’à dépasser leurs assaillants dans des élans d’une sauvagerie primale et primitive.
Les actes de violence du film sont d’autant plus choquants qu’ils sont réalisés avec les moyens du bord. Et à plusieurs mètres sous terre, c’est bien ce qui manque le plus…
La seule arme à feu du film se révélant vite inutile, le spectateur aura le « plaisir » d’assister à de vraies joyeusetés comme des trépanations à coup de perceuse ou de piolet dans la tête, des compressions faciales à l’aide de gros rochers, voire de jolis piercings grâce à un mousqueton acéré. Même une inoffensive épingle à cheveux peut servir en dernier recours…
Des passages volontairement répugnants qui soulèvent le cœur ; un régal pour les amateurs de gore. Les autres prévoiront un seau ou un petit sac pour ne pas tâcher les sièges…
Si « The Descent : part 2 » est quasiment une copie conforme du premier film, le scénario part souvent dans des situations inattendues et prévoit de sacrés rebondissements. De plus, là où certaines suites prennent place plusieurs mois, voire années, après le premier opus, « The Descent : part 2 » reprend directement là où le premier s’arrête, assurant ainsi une parfaite continuité entre les évènements. Une idée astucieuse, rarement exploitée par le genre.
Malgré toutes ses qualités, « The Descent : part 2 » n’est pas exempt de défauts. Principalement : des personnages moins travaillés que dans le premier opus et surtout certaines scènes d’action filmés avec une caméra trop saccadée, ce qui empêche d’apprécier pleinement la qualité des maquillages des crawlers et les effets sanguinolents.
Sans oublier quelques passages se voulant drôles mais qui frisent le mauvais goût (la mare de mer...d’excréments) et les (trop) nombreux effets de surprise faciles (« je suis caché dans le noir et je bondis vers la caméra, BOUH !)
La fin elle-même, totalement inattendue, (bien malin qui la devinera à l’avance…) sera sujet à controverse selon si on l’apprécie ou pas.
Mais ces défauts n’occultent en rien ce que le film réussit parfaitement.
D’autant qu’une œuvre de cette trempe est plutôt rare…
Digne successeur du premier film, « The Descent : part 2 » est une vraie surprise.
Alors qu’on pouvait s’attendre à une séquelle opportuniste et bâclée, il s’avère non seulement parfaitement cohérent avec le premier opus mais reprend les éléments essentiels qui ont fait son succès : violence barbare empreinte d’un gore repoussant, personnages vulnérables mais capables de tout et atmosphère étouffante. A ceci, s’ajoute un scénario aussi noir et retors que la caverne où est tourné le film.
Même si quelques défauts se font sentir et en dépit de l’effet de surprise du premier ; « The Descent : part 2 » est un film d’horreur supérieur à la moyenne, autant qu’une suite honorable.
A voir au cinéma si possible.
Note : ***
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Mort ou Vif

Comme chaque année, les plus fines gachettes de l'Ouest se retrouvent à Rédemption pour un tournoi de duels récompensé par une énorme somme d'argent. Redoutable tireur et régnant sur la ville en tyran, Herod a toujours été le vainqueur. Mais cette fois, une jeune femme venue de nulle part s'inscrit pour le défier...
Sam Raimi est un nom bien connu des amateurs de cinéma fantastique : il est, entre autres, l'auteur de la trilogie cultissime « Evil Dead », des célèbres aventures de Spiderman et du récent « Jusqu'en Enfer ». Mais on oublie souvent qu'au cours de sa prolifique carrière, Raimi ne s'est pas seulement cantonné à ce seul genre de film. Parmi ses films moins connus, on peut par exemple citer « Un Plan Simple », brillant polar noir qui a fait les grands jours du festival de Cognac (qui récompense les films policiers) ou encore le western « Mort ou Vif ».
Lors de sa sortie en salle, « Mort ou Vif » n'a pas eu le succès escompté.
Sam Raimi vient juste de finir le dernier volet des « Evil Dead » qui le hisse au sommet des réalisateurs de films d'horreur et le public, qui attendait sûrement de lui une nouvelle aventure débridé d'Ash et pas un « vulgaire » western, a littéralement boudé le film.
De plus, le genre du western classique s'étant éteint dans les années 70, « Mort ou Vif » ne sort pas dans des conditions idéales et est précédé d'une réputation assez défavorable. Sans compter que la presse elle-même fustige le long métrage, achevant d'un coup sec sa carrière. Aujourd'hui encore sa mauvaise réputation perdure et les gens continuent de critiquer le film, parfois même sans l'avoir jamais vu...
Mais dans une vie de cinéphile on découvre que les films les moins connus des grands cinéastes sont loin d'être les pires et si l'on parvient à faire fi des « on dit » et à trouver une copie décente d'un de ces films (même en dvd, il faut souvent chercher jusque dans les zones 1...), il n'est pas rare de dépoussiérer de véritables chefs d'oeuvre qui croupissent au fond d'une oubliette : « 1941 » de Spielberg, « Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin » de Carpenter ou encore « Mort ou Vif » de Raimi.
« Mort ou Vif » est donc un western.
Mais un western très différent de ce qui a été fait auparavant.
Il est d'ailleurs certainement l'un des seuls à mélanger à la fois les éléments du western américain classique avec ceux du western spaghetti.
Du premier, il reprend surtout l'ambiance et les décors, à savoir : les contrées désertiques, la fameuse ville fantôme au milieu de nulle part ou encore les duels sur fond de soleil couchant.
Au second, il emprunte plus au style visuel, en rendant par ailleurs hommage aux films de Sergio Leone : les plans extrêmes sur les différentes parties du corps, les sales gueules patibulaires, les splendides panoramas (extraordinaire photographie de Dante Spinotti !), la tension des duels qui ne cesse d'augmenter avant le coup de feu fatidique...
Quant à la musique, si chère au genre (américain comme italien) on la doit ici à Alan Silvestri, le génie responsable des BO de « Retour vers le futur », « A la poursuite du diamant vert » ou encore « Le Retour de la Momie ».
Les mélodies se fondent à merveille avec les images, soulignant la concentration des participants et nous offrant un magnifique thème héroique comme on n'en avait pas entendu depuis des lustres.
Mais Raimi n'est pas qu' un simple « faiseur de film » commercial et possède un style visuel qui lui est propre. Un style à la fois cartoonesque et terriblement expressif. Car il faut savoir que chez Raimi plus que chez la plupart des autres réalisateurs, l'émotion passe instinctivement par l'image.
Tout comme dans la bande dessinée ou le roman graphique, le plan parle pour lui même.
En ce sens Raimi multiplie les effets visuels (sur-impression, montage alterné qui s'accélère, plans volontairement mal cadrés, zooms extrêmes, ralentis superbes, effet de profondeur et j'en passe...). Chaque plan est une image de BD, cadrée de manière surprenante mais toujours adéquate quand il s'agit de faire transparaître le ressenti des personnages.
Sans oublier que Raimi se permet quelques ajouts ici et là d'une violence quasi-surréaliste qui ne sont pas sans rappeler les excès graphiques des « Evil Dead ».
On citera par exemple un balle de révolver qui traverse un crâne (la caméra voit alors à travers) ou encore un participant projeté plusieurs mètres en arrière par un coup de feu dans l'oeil. Il y a bien plus mais ce serait un crime de gâcher la surprise...
C'est certainement ce côté « complètement dingue mais j'assume » qui a du refroidir la presse qui devait s'attendre à un western plus...routinier.
Néanmoins en dehors de sa réalisation éclatante, le film bénéficie aussi d'un atout superbe : son casting.
Fermez les yeux et imaginez : Sharon Stone, Gene Hackman, Russel Crowe et Leonardo di Caprio dans le même film! Vous l'avez rêvé, Sam Raimi l'a fait.
Et là où généralement les films « à gros casting » se font littéralement bouffer par les acteurs, « Mort ou Vif » emploie chacun d'eux intelligemment sans jamais perdre de vue qu'ils ne sont là que pour illustrer un scénario passionnant.
Scénario qui allie habilement noirceur, cynisme (rien que dans le titre original, « The Quick and the Dead »...) et humour bien placé.
J'entends d'ici les railleries :
« Sharon Stone, la sex symbol des années 90 (depuis le sulfureux « Basic Instinct ») dans un western ?
Elle doit sûrement jouer l'habituelle prostituée au grand coeur qui a des vues sur le héros, qui lui doit probablement être incarné par Russel Crowe... »
Et bien je dis : faux, faux et archi faux !
D'abord en 95, Russel Crowe n'est pas encore Mister Gladiator et n'est qu'un acteur relégué au second plan parmi tant d'autres. S'il est déjà cette statue grecque surmontée de deux yeux profonds et mélancoliques, il a ici un rôle à contre emploi, à savoir qu'il ne joue pas les héros virils mais un prêtre dépressif en quête de rédemption (d'où le nom de la ville ?) qui passe son temps à être enchaîné et battu et qui ne se relèvera pour de bon que lors du dernier acte.
Ensuite, aussi étrange que cela puisse paraître, Sharon Stone est bien le personnage principal du film. Oui, Raimi change carrément les fondements du western en faisant du héros une héroine.
Dans le film la comédienne est admirable.
Loin de baser son interprétation sur ses formes évocatrices, elle réussit à incarner son personnage avec force et crédibilité. Elle se fond dans la peau du personnage et exprime avec sincérité chaque syllabe qu'elle prononce. Une grande actrice, assurément.
Fidèle à lui même, Gene Hackman (« French Connection », « Ennemi d'Etat », « USS Alabama ») réalise lui aussi une performance exemplaire dans le rôle de Herod.
A la fois sévère et cruel, il nous fait ressentir toute la perversité latente du personnage et au fur à mesure que l'on en apprend davantage sur le personnage de Sharon Stone, on en vient à le détester de plus en plus.
Un simple rôle de méchant mais joué par un acteur hautement charismatique.
Enfin, Di Caprio (« Titanic », « Gangs of New York ») prouve une fois de plus que, bien dirigé, il peut s'avérer un acteur épatant. C'est ce qu'il fait ici en jouant un jeune coq arrogant mais inexpérimenté qui finira par mordre la poussière par excès de confiance en lui...
Les acteurs sont tous excellents et, à l'image de la mise en scène, rien n'est laissé au hasard dans le casting : les acteurs sont tous choisis avec parcimonie, jusque dans les rôles de moindre importance.
De ce fait on croisera, même pour un bref instant, d'autres comédiens talentueux comme Gary Sinise (« Snake Eyes », « Forrest Gump ») ou Lance Henriksen (« Aliens », « Aux Frontières de l'Aube »).
En changeant complètement de registre après le succès mérité des « Evil Dead », Sam Raimi réalise un western hors du commun et subit les foudres du public et de la presse.
Critiqué pour sa mise en scène débridée et espéré par le public comme un nouveau film d'horreur trash, « Mort ou Vif » est considéré comme le vilain petit canard pondu par le réalisateur. Est-il mauvais pour autant?
La réponse est simple : NON!
Non seulement la mise en scène tant critiquée fait partie intégrante du style du réalisateur et instaure au film une ambiance visuelle unique mais il bénéficie en plus d'un casting de rêve et d'un scénario qui reprend à la fois les codes spécifiques du western pour mieux les transgresser.
Avec le recul, « Mort ou Vif » reste probablement l'un des meilleurs westerns modernes et mérite assurément d'être reconnu à sa juste valeur.
Note : ***
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