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04/06/2012

Snow White and the Huntsman

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Dis maman, tu me racontes une histoire? 

 

Ce qu'il y a de bien avec les contes pour enfants, c'est leur portée universelle. C'est le fait que chacun puisse se laisse guider par son imagination fertile pour visualiser et mettre en scène une histoire racontée selon son propre ressenti. Il est d'autant plus intéressant que notre perception de ces mythes et légendes de nos enfances se distord avec le temps. L'âge aidant, les contes de fées perdent peu à peu leur innocence et on se rend compte alors que le pays merveilleux de Lewis Carrol tient moins des rêves apportés par le marchand de sable que des trips au LSD, et que des auteurs tels que les Frères Grimm nous entrainent dans un univers bien plus noir et glauque que Disney le laisse entendre. 

 

Prenez Blanche Neige par exemple. En dehors d'une jouvencelle naïve et mièvre, allergique à la pectine qui chante avec les oiseaux et d'une demi douzaine de petits barbus asexués, pour qui crever de sueur en martelant des murs avec une pioche de l'aube au coucher du soleil est aussi plaisant que d'aller à la pêche, on y parle quand même d'une vieille mégère suffisamment jalouse pour demander qu'on lui rapporte le cœur de sa rivale tout chaud sur un plateau. Aujourd'hui, on la mettrait dans la cellule voisine d'un type qui déguste le foie de ses congénères avec un excellent chianti. 

 

En d'autres termes, si l'on occulte la version dessin animé de notre enfance, le potentiel horrifique du conte de Blanche Neige nous saute tout de suite au visage. Et les cinéastes n'ont pas attendu la mode actuelle des héros « dark » et gothiques pour s'approprier l'histoire de la pauvre cruche et de la pomme empoisonnée et en tirer une version plus adulte. Certains se souviendront peut-être du film «Snow White, a tale of terror » avec une Sigourney Weaver machiavélique dans le rôle de la reine cannibale. Si le film reste décevant à bien des égards, il offrait une atmosphère sordide et poisseuse qui contrastait assurément avec la version commerciale que tout le monde connait. On pourrait également citer une autre version pour adultes, mais passons...

 

Côté Hollywood, on assiste actuellement à un manque flagrant de nouveauté au niveau des sorties. Plutôt que de risquer quelques billets verts dans des histoires inédites, les gros producteurs se jettent sur toutes les adaptations possibles pour les porter sur grand écran avant leurs concurrents. Comic books, séries de romans à succès, jeux vidéo, remakes et suites interminables s'enchainent sans répit depuis déjà quelques années car il est toujours plus aisé d'attirer un grand public qui baigne déjà dans un récit qu'il connait que de lui demander de sauter le pas vers l'inconnu. 

 

Après le carton au box office de la version d'« Alice au pays des Merveilles » de Tim Burton, apprêtez vous donc à voir débarquer des contes de fée next gen comme s'il en pleuvait. Comble du ridicule, ce n'est pas une mais deux adaptations de Blanche Neige qui prennent d'assaut les écrans, et ce le même mois. Ce qui montre bien à quel point le 7ème art commence vraiment à tourner en rond. Cependant, si les deux films mettent bien en scène les mêmes personnages, leur réalisateur respectif démontre une approche qui leur est propre et qui ne saurait être plus opposée. 

 

Quand le « Mirror, Mirror » de Tarsem s'englue dans l'humour bon enfant et les couleurs pastels et se destine à un public enfantin, « Snow white and the Huntsman » propose une relecture du conte bien plus violente et ancrée dans une ambiance d'héroic fantasy à la Seigneur des Anneaux. 

 

Avec son parti pris plus réaliste, « Snow white and the Huntsman » aurait pu donner naissance à une œuvre tragique et sanglante à la maturité assumée. Mais le film étant avant tout un produit de consommation calibré pour adolescents (qui se rueront en masse pour voir la nouvelle aventure de l'héroine de Twilight), les dialogues sont loin de briller par leur intérêt. Cependant, on pourra noter une absence d'humour assez inhabituelle pour le genre. Si le film se force parfois à nous faire esquisser un sourire, il demeure empreint d'une tension et d'un sérieux assez rafraichissants. 

 

Mais malgré tout l'histoire elle même demeure au final assez conventionnelle. Les grandes lignes sont respectées et laissent peu de place à la surprise : fuite de Blanche Neige dans la foret, découverte des nains, pomme, baiser mortuaire (bande de nécrophiles!) et restauration de la paix dans le royaume. Tout comme la pomme, rien de bien nouveau donc à se mettre sous la dent. C'est d'ailleurs là le point faible du film. A connaître la fin de l'histoire avant même que le film ne démarre, on n'accorde que peu d'attention aux menaces potentielles qu'affronte l'héroïne car on la sait sans danger. Et à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. D'autant que si les personnages sont nombreux, leur développement personnel laisse parfois à désirer. Si la reine à droit à un flash back touchant dévoilant l'origine tragique de ses pouvoirs maléfiques, les nains auraient sans doute mérité plus que quelques gros plans et une poignée de lignes de dialogues chacun pour permettre de mieux les différencier. 

 

Néanmoins, en dehors de certains passages poussifs, la narration se déroule sans à coup et l'on se prend rapidement à suivre les péripéties de nos héros. Surtout que le casting, lui, est de qualité. Si Kristen Stewart peine à nous faire ressentir ses émotions, elle démontre une certaine assurance qui lui donne du charme. Chris Hemsworth, bourru mais charismatique, confirme tout le bien que l'on pense de lui depuis « Thor » et ne se contente pas de simplement troquer son marteau contre une hache. Si l'on ressent fortement le manque de présence des nains, c'est qu'ils sont tous joués par des acteurs de renom (Bob Hoskins, Ray Winstone, Toby Jones, Nick Frost...) et on apprécie vraiment leur compagnie. Mais on retiendra surtout la performance à la fois sauvage et glaciale de Charlize Théron. Sa reine démoniaque et sadique, obsédée par son désir de beauté éternelle tient autant de la belle mère impérieuse de Disney que de la comptesse Bathory. Une vraie sorcière de cauchemar.  Pourtant l'actrice réussit à saisir parfaitement les nuances du personnage et parvient même à nous faire éprouver de l'empathie pour cette femme rendue folle (le fameux miroir au mur n'est qu'un fragment de son esprit dérangé) par sa poursuite éperdue vers une jeunesse qui ne cesse de l'abandonner.

 

Mais plus que pour l'histoire elle même, c'est par son aspect purement visuel que le film impressionne réellement. On pourrait reprocher au réalisateur d'accumuler des références évidentes aux plus grands titres de la Fantasy moderne. C'est bien simple on commence avec une charge héroïque dans le brouillard (« Gladiator »), on continue avec une poursuite en foret entre Blanche Neige sur son cheval blanc et des cavaliers noirs («  La Communauté de l'Anneau ») qui se termine quand le cheval s'enfonce dans les marécages (« L'histoire sans Fin »), on découvre ensuite le monde caché des êtres de la foret - dont un cerf majestueux (« Princesse Mononoké ») et on finit en chevauchant à bride abattue sur la plage sous les volées de flèches et d'artillerie lourde (« Robin Hood »). Sans oublier des armures étincelantes pour les héros empruntées à « Excalibur » et les costumes d'ébène de l'armée de la reine sortis tout droit de « Willow ».

 

Mais si « Snow white and the Huntsman » ne ressemble pas à un patchwork sans âme qui se contente de compiler les meilleurs moments d'autres films, c'est parce que le cinéaste s'est entouré d'une équipe artistique remarquable qui gratifie le film d'un design exceptionnel. Le réalisateur parvient à créer un monde à la fois lumineux et empli de ténèbres, réaliste et féérique où l'on y croise les créatures les plus enchanteresses et les plus terrifiantes. Sans oublier de nous plonger au coeur de batailles saisissantes. En effet, le mot action n'est généralement pas le mot qui nous vient à l'esprit lorsque l'on pense à l'histoire de Blanche Neige, mais ici elle est partie intégrante du scénario. Les affrontements subissent malheureusement le phénomène de la caméra parkinsonienne, mais le film offre de sacrés moments de bravoure. Et si le sang coule peu (jeune public oblige), les combats n'en restent pas moins brutaux et spectaculaires. Quant à la musique, à défaut de bénéficier d'une approche artistique aussi originale que le travail visuel, elle accompagne efficacement l'action et les moments les plus intimistes. 

 

 

« Snow white and the Huntsman » est une agréable surprise. Porté par un casting de haute volée et une approche plus dramatique que d'accoutumée, le film brille surtout par une direction artistique inquiétante et envoutante. En dépit de quelques défauts flagrants, il possède un souffle épique indéniable et, pour une relecture modernisée du genre, pourrait bien s'avérer comme la plus fascinante adaptation du célèbre conte des Frères Grimm. Et surtout, personne ne chante. 

 

Note : ***

12:15 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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