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12/10/2012

The Expendables 2

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Même en laissant ses neurones au vestiaire et en diminuant ses attentes au minimum, 'The Expendables 2' accompli l'exploit d'être une véritable déception. Pourtant, son succès aurait du être gagné d'avance. On met les plus gros bestiaux du cinéma d'action Hollywoodiens dans un camion, on les lâche dans une arène bourrée de cascadeurs qui ne demandent qu'à jouer les cibles mouvantes. On laisse tourner la caméra et le tour est joué. Pas besoin de trouver un scénario décent. Tout le monde s'en fiche.

Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Et pourquoi donner au public ce qu'il veut une fois qu'il a déjà payé son ticket ? Du coup, après une introduction musclée et explosive, qui nous colle confortablement au fond du siège, sourire béat aux lèvres, on reçoit un gros coup de pied dans la gueule - ou un coup de couteau dans le dos : les acteurs se mettent à parler…

Et pendant ce qui sembler être une éternité, ils ne cesseront de débiter les plus gros clichés du genre avec un désintérêt total pour le reste du film. Donner un peu de personnalité à un tank partait d'une bonne intention, mais faites parler le tank, et vous verrez que comme disait Sartre, les bonnes intentions, l'Enfer en est pavé. Et tant qu'on y est, il disait aussi que l'Enfer c'est les autres. En l'occurrence pour Stallone et les murs de brique qui lui servent de partenaires, l'enfer c'est les misérables larves chargées du scénario et des dialogues. Non seulement, les stars n'ont pas l'ombre d'une réplique culte à se mettre sous la dent mais ils se contentent d'ironiser sur leurs célèbres phrases d'antan (Schwarzie qui lance un 'I'm Back ' magistral - effectivement, du jamais vu…). Et quand, Chuck Norris, légende vivante de l'écran - et du net - fait une apparition remarquée (avec nuage de poussière dissimulatrice et musique Moriconnienne à la clé), c'est juste pour réciter ses lignes et repartir aussitôt dans son nuage de fumée.

Mais le choc le plus violent c'est cette pathétique tentative d'auto-dérision puérile qui fait de chaque moment de calme un supplice sans nom. On a Rambo, Terminator et John McClane dans le même plan pour la première - et certainement la dernière - fois de l'histoire du cinéma et, parmi toutes les idées les plus dingues qui ont germé dans le crâne des scénaristes pour en faire un moment mythique à se repasser en boucle jusqu'à la fin des temps, on doit subir l'affront de les voir se moquer gentiment des amourettes entre l'un deux et la fille du film. On s'attendait à un bras de fer viril à en faire trembler la terre et on imagine presque les rires enregistrés d'une sitcom poussiéreuse. Et ne parlons pas de là scène où Dolph Lundgren essaie d'attirer l'attention de la demoiselle du groupe, où on risque d'avoir des mots.

Le scénariste Richard Wenk était déjà responsable du ronflant '16 Blocks', avec Bruce Willis dans un rôle interprété mille fois, mais cette fois il multiplie les efforts pour que absolument chaque scène tombe à plat comme un vieux figurant fatigué. Le film est à la fois trop violent pour un jeune public et trop stupide pour une audience plus mature. Du coup il ne s'adresse qu'aux nostalgiques de la belle époque. Mais eux aussi seront atterrés de voir leurs idoles d'antan réduits à se moquer d'eux même avec une absence totale de second degré et d'émotion. Je ne serais pas surpris qu'un chasseur de prime soit actuellement à la recherche de Wenk. On ne rigole pas avec le coeur des fans.

Cependant, si les dialogues sont d'une platitude écoeurante, l'action reste le nerf de la guerre et la seule raison pour laquelle le film est censé exister. Et on pourrait encore pardonner au réalisateur ses écarts de conduite, s'il suffisait de disposer du bouton avance rapide pour profiter pleinement de ce que le film a à offrir de mieux. West, pourtant auteur de films d'action décérébrés mais regardables ('Tomb Raider', 'Les Ailes de l'Enfer') nous démontre un art du suspense et du rythme dignes d'un documentaire sur le tricot. Il aurait du être comme un poisson dans l'eau tant le synopsis du film ressemble justement à celui des 'Ailes de l'Enfer'. Hélas si chaque plan regorge de testostérone et de muscles saillants et huileux, le film fait l'éloge du montage épileptique et des giclées de sang en image de synthèse. Hormis Statham qui virevolte dans sa tenue de moine rédempteur et le charismatique Jet Li, malheureusement expédié en quelques coups de poêle à frire, les scènes d'action souffrent d'un cruel manque de punch. Et comme souvent avec les films d'action post Jason Bourne, on passe généralement son temps à essayer de comprendre ce qui se déroule à l'écran. Le réalisateur suit en effet à la lettre le petit guide : "Comment faire le plus mauvais film quand on dispose d'un gros budget". Michael Bay, si souvent critiqué, sait au moins rendre une explosion spectaculaire. C'est la moindre des choses qu'on lui demande. Ici, West n'arrive même pas à ce strict minimum. Il ne filme absolument rien correctement, une honte.

Enfin, aussi désastreux que les dialogues et la mise en scène, le jeu des acteurs donne envie d'arrêter le film pour se repasser les classiques de leur jeunesse pour se rappeler qu'il fut un temps où ils savaient être crédibles. Stallone marmonne, Statham fait du Statham, Lundgren grogne, Schwarzie is back (au cas où on n'avait pas compris la première fois), Willis est chauve et le reste fait de la figuration. Même le seul élément féminin du film ne parvient pas à créer une quelconque cohésion ou rivalité entre tous ces mastodontes. Le film baigne dans un esprit de camaraderie bon enfant mais sombre dans une ambiance arthritique et malsaine de maison de retraite, où l'on y parle adultère et Harley Davidson entre deux séances de torture. Glauque.

Seul Van Damme parvient à tirer son épingle du lot, dans le rôle d'un méchant pervers et masochiste adepte des lames rutilantes et des lunettes de soleil. Avec son sourire carnassier et son allure de psychopathe, il bouffe littéralement l'écran de sa présence tel un Heath Ledger de série Z. On sent qu'il est ravi d'être là et de casser son image de héros défenseur de la veuve et de l'orphelin. Mais francophone d'origine, il se bat plus contre son accent que contre les autres protagonistes.

Un casting en béton armé de super héros inarrêtables dans la peau de grandes gueules sans foi ni loi - The Avengers rencontre la Horde Sauvage. The Expendables 2 avait tout pour lui. Au final, il n'est rien. Des scènes d'action bruyantes filmées sans imagination, des dialogues niais et interminables, des personnages stéréotypés sans charisme, une musique tonitruante et sans âme. Il n'est ni le film d'action du millénaire (West n'as pas fait un film correct depuis 'Les Ailes de l'Enfer'), ni le grand retour de Sly et Arnie ('Arrete où ma mère va tirer' et la 'Course au Jouet' ont des scènes plus mémorables), ni une parodie du genre (les répliques sont plus proches de 'Batman Forever' que de 'Hot Shots'). Enfin - le plus douloureux et difficile à accepter - le nombre de stars à l'écran, qui auront incarné tant de personnages inoubliables, sont tournés en ridicule par des dialogues d'une pauvreté affligeante où l'émotion brille par son absence. N'est pas 'Inglorious Basterds' qui veut. Surtout, ce qui est impardonnable, c'est qu'il s'agit d'une suite - The Expendables DEUX. Simon West avait donc l'avantage du recul pour remédier aux défauts du premier film. Mais fidèle à lui même, il ne fait que s'enfoncer davantage dans la médiocrité sans nom.

 

 

Jet Li prend le large avant que le navire coule. Willis et Schwarzie font de la pub pour les Smart mini. Van Damme, seul, rend certaines scènes respectables. Comme dirait Eli Wallach : 'Quand on tire, on raconte pas sa vie !'

 

Note : *

14:41 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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