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24/10/2012

Solomon Kane

 

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Dans le monde de l’Heroic Fantasy le nom de Robert E. Howard est aussi légendaire que les personnages auxquels il a donné vie. Sa création la plus célèbre est bien entendu ‘Conan le Barbare’, popularisé sur grand écran par les pectoraux saillants et le regard bovin de Schwarzie.

 Conan est depuis toujours le parfait archétype du sauvage viril et musclé qui multiplie victoires au combat et conquêtes féminines. Mais l’univers de Howard ne se limite pas aux lutteurs en peau de bête et aux damoiselles dévêtues. Les histoires originelles de l’auteur se déroulent dans un univers sombre et brutal et met en scène des héros au passé torturé, en quête de rédemption, de gloire ou simplement de survie. Il ne faut pas oublier que (du moins dans le film) Conan, avant de devenir la machine de guerre ultime que nous connaissons tous, a vu ses parents se faire assassiner sous ses yeux avant d’être embarqué de force en esclavage. Et malgré son désir de s’en éloigner, son passé finit toujours par le rattraper. 

 Niveau popularité, Solomon Kane serait le petit frère de Conan - moins de barbaque que le frérot mais un passé tout aussi douloureux qu’il tente de fuir tant bien que mal. Rejeté par son père et haï par son ainé, Kane vend son ame au diable pour se forger une vie de pirate sanguinaire. Mais piller et génocider allègrement à un prix. Et lorsque Lucifer vient réclamer son dû, Kane decide de rompre le contrat et se terrer dans un monastère pour y couler une existence sereine et pacifique, loin du fracas de des guerres et de l’acier. Mais s'il recourt à la violence une fois de plus, ils sera damné pour l'éternité. 

 Bien évidemment, pour les besoins de l’histoire, Kane retrouvera vite son ardeur au combat mais ce sera toujours par la nécessité de sauver son prochain plus que par simple goût du sang que Kane ressortira le glaive. Notre héros se retrouve donc souvent en plein dilemme entre secourir la veuve et l'orphelin ou jouer les Gandhi victoriens - à son propre péril. Ce qui surprend dans le film - surtout comparé à un Conan invincible et débauché - c’est la vulnérabilité et la pureté du personnage de Kane. Epéiste hors pair, il n’en reste pas moins un simple mortel (il sera entre autres rossé par des bandits de grand chemin, lacéré lors d’un combat fratricide, et passera même par la case crucifixion…). De même, si le scénario s’articule autour du classique sauvetage d’une jeune fille en détresse, la différence d’âge flagrante entre Kane et la demoiselle nous permettent d’échapper à l’éternel baiser langoureux sur lequel s’achèvent bon nombre de pellicules.

 On voit donc que le film met en scène un personnage étonnamment complexe et charismatique pour ce genre de production. De plus, loin du second degré quasi-inhérent aux séries B et à la Fantasy au cinéma, les créateurs de ‘Solomon Kane’ dévoilent l’histoire avec un sérieux inébranlable - et particulièrement rafraîchissant. Suivant le modèle du ‘Seigneur des Anneaux’ ou de ‘Game of Thrones’, et en dépit des nombreux éléments fantastiques, les personnages évoluent dans un monde à la fois convaincant et tragique. Conscients que l’humour bon enfant et les clins d’oeil ironiques ne sont pas le genre de la maison, les acteurs prennent leur rôle avec gravité. La performance de James Purefoy est d’ailleurs un modèle à suivre. Si son coté moine taciturne nous rappelle l’homme sans nom des films de Sergio Leone, il démontre à la fois une hargne et une sensibilité digne d’un Viggo Mortensen de la grande époque. A ses côtés, des acteurs de renom tels que Pete Postlethwaite et Max Von Sydow ont accepté de jouer les seconds couteaux avec la grandeur et la prestance qui les caractérise. Ainsi Max Von Sydow parvient à imposer sa présence alors qu’il n’apparait que dans deux courtes scènes.  

Malgré un petit budget apparent, on sent que ‘Solomon Kane’ est une oeuvre de passionnés. En plus de fignoler l’histoire et les personnages, le réalisateur/scénariste Michael J. Basset s’est entouré d’une équipe artistique talentueuse pour donner vie à l’univers rude et menaçant du film. Et techniquement, ‘Solomon Kane’ bénéficie de touches visuelles et sonores dignes d’intérêt. Si les moins cérébraux pourront reprocher au film une introduction longuette et un léger manque d’action, chaque affrontement bénéficie d’une chorégraphie originale, avec des coups portés à la fois gracieux et violents. Et grace à un montage précis, les échaffourées évitent l’aspect brouillon généralement associé aux productions Hollywoodiennes modernes. Solomon Kane est une fine lame et on aurait aimé avoir davantage d’occasions de profiter de son art.

Si les décors font parfois un peu carton pâte, un soin particulier a été apporté à l’architecture et l’environnement. Entre les crânes plantés sur les piques dans la cour du château, les chapelles gothiques à moitié ravagées par le temps, les souterrains ténébreux emplis de goules carnivores, les tombes celtiques surplombant une falaise aux vagues majestueuses, ou encore les cimetières enneigés. Le réalisateur a puisé dans les meilleures illustrations d’Heroic Fantasy pour peindre de parfaits tableaux d’ambiance. En raison d’une atmosphère moins enjouée et plus pessimiste, il était évident que le compositeur Klaus Badelt ne pouvait nous offrir des envolées héroiques et entrainantes dignes de ses compositions de ‘Pirates des Caraibes’. Mais la musique a le mérite d’accompagner agréablement l’action, à coup de choeurs féminins lugubres et de percussions assourdissantes. Dommage que le thème principal, lui, soit complètement pompé sur celui de ‘Batman Begins'.

 Et en parlant d’influence, impossible de passer outre à quel point le film doit son esthétique au ‘Van Helsing’ de Sommers. A commencer par le costume. Même couvre-chef à boucle, même coiffure de chanteur de heavy, même long manteau d’ébène et mêmes pétoires et attirail d’époque. Si Hugh Jackman jouait un personnage bien plus charmeur et malicieux, les références sont indéniables. On pourrait néanmoins expliquer que les costumes de ‘Van Helsing’ sont en fait directement tirés de la description de Solomon Kane dans les histoires écrites par Howard - c'est le dragon qui se mord la queue. 

Alors que les costumes jouent à l’oeuf et la poule, les ressemblances entre les deux films ne s’arrêtent pas là. ‘Solomon Kane’ recycle non seulement le village enneigé transylvanien de ‘Van Helsing’ mais la fin du film est directement calquée sur son ainé - le héros se recueille pieusement au bord d’une falaise avant d’enfourcher son fidèle destrier et de chevaucher héroiquement vers l’horizon… Toutes ces coïncidences sont certainement liées au fait que le designer Patrick Tatopoulos a posé sa patte artistique sur les deux films. Mais ces nombreuses réminiscences empêchent malheureusement ‘Solomon Kane' de se forger une identité propre. 

 

 

Moins épique que la trilogie de Peter Jackson, moins poétique que ‘Conan le Barbare’ (le film de Milius) et moins moqueur que ‘Van Helsing’, Solomon Kane peine parfois à trouver son identité. Le réalisateur démontre un profond respect pour l’oeuvre originale mais manque parfois de moyens pour s’exprimer. En revanche, le casting de qualité, la mise en scène soignée, le scénario sinistre, les combats violents et crédibles en feraient déjà une parfaite série B popcorn divertissante.  Mais c’est la prestation à fleur de peau de James Purefoy qui permet au film de s’élever bien au dessus du lot. ‘Solomon Kane’ est surtout une longue introduction au personnage de Kane. Et si ce film ne s’avère être que le premier volet d’une longue saga, on attend la suite avec impatience.

 

Note : **

18:12 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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