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23/01/2013

Django Unchained

 

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La sortie d'un nouveau Tarantino est toujours un évènement et 'Django' signe le retour de l'enfant terrible du cinéma américain. Déjà abordé dans ses précédentes oeuvres (la scène d'introduction de 'Inglorious Basterds'), 'Django' est la première véritable entrée du cinéaste dans le monde du Western Spaghetti - films de desperados violents et crus, où l'esthétisme domine le réalisme. Gueules patibulaires, panoramas à perte de vus, pistoleros supersoniques, damoiselle en détresse et beautés fatales, tous les gros clichés du genre se partagent l'affiche. Mais Tarantino étant Tarantino, 'Django', est bien plus qu'un simple Western revisité ('Django' est à l'origine un film italien de 1966). Et comme dans tout Western qui se respecte, le casting et l'ambiance sont plus intéressants que le scénario lui même. 

 

L'une des meilleures surprises du casting c'est Di Caprio. Le comédien a déjà fait ses preuves maintes fois mais, selon le réalisateur qui le dirige, il est capable du meilleur, comme du pire. Ici, il campe avec panache et aplomb un propriétaire aisé, lubrique et sadique, totalement imbu de soi même, spécialisé dans la vente aux esclaves. Elle est loin l'époque de l'innocent Jack, l'éternel beau blond qui coule avec le navire. Il est rare que l'acteur risque autant de sa personne pour casser son image de jeune premier tombeur de ses dames. Tout en rictus machiavélique, bouc Méphistophélien, et accent Texan à couper à la machette, il est délicieusement méprisable et ne demande qu'à ce qu'on lui jette des pierres - ce qui dans ce cas, est un compliment. Mais que serait un vrai méchant sans son fidèle bras droit ? 

 

Ce bras droit c'est Samuel L. Jackson, qui depuis ses élucubrations bibliques dans 'Pulp Fiction' a toujours été associé avec Tarantino dans l'esprit collectif. Tout comme Di Caprio, il joue les méchants avec une délectable efficacité. Crâne dégarni, vociférant ses insultes à qui peut l'entendre, et gonflant ses yeux comme une vieille grenouille fatiguée, l'acteur est méconnaissable mais ses répliques assassines font mouche à tous les coups. Sa présence est tellement évidente qu'on se demande presque comment deux heures de film ont pu s'écouler avant qu'il ne fasse son entrée. 

 

La réponse tient en deux mots : Christopher Waltz. Révélé au grand public par Tarantino lui même dans "Inglorious Basterds", Waltz démontre encore une fois un vrai talent pour composer les personnages hors normes, aussi charismatiques qu'inquiétants de brutalité. Hans Landa était le méchant nazi que tout le monde adorait détester, à la fois charmeur et bouffon, érudit et violent. Dans 'Django', il incarne le second couteau amusant, toujours aux cotés du héros. Mais grâce à sa verve intarissable, ses mimiques grotesques et son talent de polyglotte, Waltz tire la couverture à lui sans le moindre effort pendant plus de la moitié de la pellicule et reçoit une seconde nomination aux Oscars bien méritée. 

 

Tarantino a toujours eu un talent indéniable pour écrire des seconds rôle de qualité et ici il s'en est donné à coeur joie. Et  justement face à tous ces hurluberlus de théâtre et méchants de foire, Jamie Foxx reste étonnamment en retrait dans le rôle principal. Pratiquement muet pendant la première moitié de l'histoire, Foxx compense son manque de dialogue par un regard incendiaire et un physique de figure de mode masculine. Mais la gâchette la plus rapide de l'Ouest du Mississippi fait pale figure face aux hommes sans nom à l'harmonica et autres Clint Eastwood de la belle époque. S'il a bien la tête de l'emploi, il lui manque ce coté sale et poussiéreux qui caractérise les icônes du Western italien si chers au réalisateur. En revanche, il est bien plus crédible en égérie funk de la Blaxploitation - un autre style de cinéma que Tarantino a absorbé durant sa jeunesse, et dont 'Django' multiple les références ad nauseam

 

Entre flashbacks poisseux (où la caméra s'attarde sur des actrices violentées qui surjouent), un grain d'image glauque de cinéma porno, des zooms ultra-rapides sur le visage déterminé du héros, des morceaux de Hip-Hop sur fond de révolution raciale, des longs manteaux à la 'Shaft', et un caméo inutile de Tom Savini, Tarantino aligne les plus gros clichés du genre pour le plus grand plaisir des connaisseurs. Le thème principal du film, basé sur la vengeance d'un noir contre la société qui l'a opprimé, est en lui même un clin d'oeil classique des films de Blaxploitation. 'Django' est donc autant un Western moderne qu'un hommage aux films de genre des années 70. 

 

Toutes ces références à l'univers Black pourrait nous amener à comparer 'Django' à 'Jackie Brown', l'autre film de Tarantino qui reprend les grands principes de l'univers 70's. Mais se serait plutôt du coté de 'Kill Bill' que le film lorgne le plus. En effet, bien loin de la richesse de 'Pulp Fiction' et de l'intelligence du scénario de 'Inglorious Basterds', Django est surtout un patchwork de références cinématographiques en tous genres, liées ensembles par une invraisemblable histoire de vengeance aveugle. 

 

Objectivement, l'histoire est moins travaillée que les précédents opus de Tarantino - 'Death Proof' excepté -  et le film parait parfois un peu longuet dans son déroulement. 'Django' est d'ailleurs son oeuvre la plus classique en matière de chronologie, ce qui élimine d'emblée plusieurs surprises et rebondissements. De là à dire que le film est mauvais, il y a un pas que l'on ne saurait franchir. Si le scénario reste basique, c'est surtout qu'il joue sur des archétypes très bien construits : le héros qui s'émancipe de son rang pour devenir une légende, accompagné par son fidèle tuteur, et qui devra surmonter mille embuches pour conquérir sa belle et occire du vilain. Mais Tarantino est parfaitement conscient que son film se déroule comme un conte pour enfant. Un des personnages se met même soudain à raconter une ancienne légende pour mettre en valeur le caractère mythologique des protagonistes du film. 

 

Autant dans le fond, 'Django' s'avère donc classique, autant Tarantino - fidèle à lui même- soigne sa mise en scène dans les moindres détails. Le cinéaste est depuis longtemps passé maitre dans l'art de la composition  et le coté visuel est un pur bonheur. Qu'il éclaire ses diners aux chandelles version 'Barry Lyndon', qu'il filme des chevauchées dans des plaines enneigées sorties tout droit de la 'Prisonnière du Désert', ou qu'il repeigne les murs en rouge - littéralement - à la Abel Ferrara (pour un Western Spaghetti, Tarantino ne lésine pas sur la Bolognaise), chaque plan est une véritable leçon de cinéma. 

 

Mélange improbable de Hip Hop des familles, de musique classique et de compositions héroïques, l'ambiance sonore est également d'une grande qualité. En grand fan qui ne se refuse rien, Tarantino a même demandé  au célèbre Ennio Morricone (à qui on doit les plus grands thèmes du cinéma Spaghetti) de lui composer un ou deux morceaux uniques. En cas d'absence de musique, les dialogues ont la part belle, et l'écriture Tarantinesque est décidément un modèle du genre. Si les personnages ne sont pas tous intéressants, les dialogues subversifs (notamment une scène d'anatomie qui va faire couler de l'encre) et les joutes verbales fascinent. Certaines scènes, comme la découpe des masques - digne héritière des surnoms colorés de 'Reservoir Dogs' - sont à en mordre les accoudoirs. 

 

L'humour est clairement le point fort de 'Django'. Ses qualités plastiques indéniables le mettent directement sur un pied d'égalité avec 'True Grit' des frères Cohen. Mais quand les Cohen avaient malheureusement égaré leur balai dans leur fondement, Tarantino instaure une ambiance à la fois irrationnelle et électrisante qui n'appartient qu'à lui. En vrac, le cinéaste nous offre des fusillades explosives et ultra-violentes sur fond de RZA, une charge de cavalerie opératique, une description poignante et non-manichéenne de l'esclavage, du tir sur bonhomme de neige, une scène en Allemand sous-titré, des flashbacks volontairement outranciers, des plans panoramiques à la Sergio Leone, ou encore une rencontre improbable avec le Django original… Bref, du grand n'importe quoi, sans lien flagrant, qui a le mérite de nous surprendre constamment et de nous garder avec un sourire idiot jusqu'à la dernière bobine. 

 

 

 

Le casting est exceptionnel, la réalisation exemplaire et les dialogues se boivent comme du petit lait. Tour à tour exubérante et délicate, hilarante et poignante, intimiste et épique, la mise en scène de Tarantino exprime son désir de gosse de partager son amour du 7ème art et de se faire plaisir avant tout. 'Django', c'est surtout une aventure rocambolesque, aux multiples facettes, extrêmement soignée sur la forme, mais un peu délaissé dans le fond. Malgré le contexte sérieux de ségrégation et de racisme, le film s'apparente le plus souvent à une farce, et comparé à la maturité de certaines oeuvres du cinéaste, on pourra bien reprocher à 'Django' un coté puéril assumé. Mais que peut-on attendre d'autre d'un réalisateur qui se fait sauter à la dynamite dans son propre film…?

 

Note :  ***

09:41 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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