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05/08/2014

La Planète des Singes : L’Affrontement

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La grippe simienne a décimé une grande partie de l'humanité. Dans les ruines de San Francisco, un groupe de survivants tente de rétablir le contact avec le monde extérieur. Il leur faut pour cela avoir accès à un barrage hydroélectrique, en plein cœur de la vallée environnante, territoire des singes. Mais ces derniers, menés par César, se méfient des hommes.

 

« Bienvenue à l’examen d’entrée à Hollywood. Le sujet du jour : faire du neuf avec du vieux. Vous avez deux heures ! »

Nous sommes en 2011. En s’attelant à raconter les origines de la série de « La Planète des Singes » - un classique de la science fiction, lui-même adapté d’un roman de Pierre Boule -  le jeune réalisateur anglais Rupert Wyatt est la cible de bien des quolibets. Perdu dans une marée de remakes et de suites à répétition, son projet souffre en plus d’une terrible réputation, à cause du remake "pétard mouillé" de Tim Burton de 2001. Dans le monde merveilleux de l’usine à rêves, une décennie complète n’aura pas suffit à la saga pour se remettre de cet échec. Mais Wyatt est malin comme un singe et « La Planète des Singes : Les Origines » est l’un des succès surprises de l’année. Sans oublier que les avancées technologiques, qui permettent de retranscrire les mouvements et les expressions faciales des acteurs sur des primates de synthèse, remportent une nomination aux oscars bien méritée. Les détracteurs se taisent.

Wyatt réussit donc son examen d’entrée et une suite est immédiatement mise en chantier. Cette fois, à grands renforts de matraquage médiatique, parce que Hollywood sait reconnaître ses erreurs, surtout s’il y a de l’argent à la clé. Wyatt, qui sort à peine du tournage intensif du premier film, ne peut pas se remettre en piste de si tôt. Mais bon, comme le temps c’est de l’argent, hop, on engage alors Matt Reeves (le réa de « Cloverfield ») pour reprendre la flambeau et le premier tour de manivelle est donné. De « Cloverfield », on se souvient  encore de la tête de la statue de la liberté s’écrasant dans les rues de New York au milieu de passants tremblant d’effroi. Mais aussi du jeu amateur des comédiens et d’une caméra hystérique. Matt Reeves c’est donc une mise en scène creuse et une action qui prime sur des personnages en carton pâte (le remake « Let Me In » conservera le côté lugubre de l’original mais ne parviendra pas à restituer son atmosphère glacée et détachée). Bref, une suite basée sur le profit financier immédiat, un brillant réalisateur évincé au profit d’un faiseur d’images, ce nouveau chapitre de la planète des singes ne partait pas sous les meilleurs auspices. Comme quoi, un succès n’est jamais écrit à l’avance.

La véritable force du film c’est de présenter les singes comme une race à part entière et pas comme un vulgaire ennemi qu’il faut craindre par simple peur de la différence. Bien que peu éloquents, ils ont des conversations aussi émotionnellement chargées que les humains et vivent selon un code d’honneur bien défini. Le film réussit même l’exploit d’offrir des dialogues « singe » entièrement sous-titrés tout en restant d’un sérieux implacable. Bien entendu, la motion capture ultra-réaliste fait des merveilles. L’équipe technique de Joe Letteri (déjà responsable du « Seigneur des Anneaux » et des créatures de « Avatar ») s’est surpassée une fois de plus en créant des primates intelligents, effrayants d’authenticité. L’expression « les yeux sont le reflet de l’âme » prend ici tout son sens.

Mais rendons à César ce qui lui appartient et saluons le travail des comédiens qui se cachent derrière le « masque », et sans qui ces chimpanzés ne seraient qu’une vitrine esthétique pour une nouvelle carte graphique. Dans le rôle de César justement, Andy Serkis, vétéran de la motion capture, offre une interprétation éblouissante (on n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace) dans la peau d’un meneur de troupe responsable et charismatique qui privilégie la survie de son peuple à un conflit déraisonné. A ces côtés, Toby Kebell incarne Koba, un bras droit machiavélique et revanchard qui vous glace la sang, dans une performance qui transcende le genre. L’un des meilleurs méchants au cinéma cette année est un chimpanzé ! Voilà, c’est dit. En revanche, côté humain, les héros manquent de présence. Et seul le toujours parfait Gary Oldman parviendra à nous faire ressentir un peu d’empathie pour nos compatriotes. Si on peut reprocher que certains personnages secondaires passent à la trappe, on saluera les nombreux parallèles de mise en scène entre les protagonistes humains et simiesques. Ce qui démontre à quel point nous ressemblons à nos lointains cousins. Et vice et versa.

L’univers lui-même est aussi soigné que cohérent, avec des environnements naturels de toute beauté. Alors que les singes ont construit des camps dans la forêt, où ils chassent en meute depuis les arbres, les poignées de survivants humains sont retranchées dans des bâtisses éventrées, où la végétation grimpante se partage le territoire avec des carcasses de véhicules rouillés, laissés à l’abandon. Une sensation d’isolement et de désillusion qui rappelle le jeu vidéo « The Last of Us » - la référence du survival dans un monde brisé, où la nature a repris ses droits.

Avec un titre comme « L’Affrontement », on se réjouit de voir que le centre du film repose moins sur la baston gratuite que sur les événements qui conduisent à la guerre. La mise en scène est étonnamment posée et nous plonge dans le quotidien des deux espèces afin de mieux comprendre les enjeux qui leur sont propres. D’une part les singes n’aspirent qu’à vivre en paix dans la forêt, loin de la civilisation des hommes. De l’autre, les humains ont besoin d’électricité pour survivre et rétablir le contact avec les autres poches de survivants. Manque de bol, ils doivent pour cela traverser le territoire des singes… Alors, entre les complots, trahisons et autres joyeux renversements de situation dignes d’un épisode de »Games of Thrones », le compositeur Michael Giaccino fait sonner un glas froid et inéluctable qui annonce le début imminent des hostilités.

Et là encore, une fois que retentit la première salve, Matt Reeves se fait l’anti-Michael Bay par excellence. Non pas que la mise en scène atteigne des sommets Spielbergiens, mais la caméra reste concentrée sur l’action, les plans de coupe ne nous sautent pas au yeux comme dans un misérable clip de musique, et les plans sont à la fois léchés et bien cadrés. En gros, c’est joli, c’est fluide et on prend plein les yeux sans avoir la migraine. Sans oublier que c’est l’occasion pour Reeves de nous décocher quelques fameuses séquences cultes dont il a le secret...

 

 

Episode charnière d’une trilogie décidément riche en surprises,   « La Planète des Singes : L’Affrontement » est un grand spectacle captivant et audacieux, à la narration maîtrisée, où la technologie de pointe sert avant tout à présenter des personnages crédibles et attachants. Un de ces rares projets, parfaitement abouti, avec une ambiance unique. « District 9 » à la mode « Guerre du Feu ». Espérons juste que le dernier volet de cette saga lorgne davantage du côté du « Retour du Roi » que de « Matrix : Revolutions »… Si vous avez le choix cet été entre ce film et les nouvelles singeries de Michael Bay, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

 

Note : ***/****

 

 

12:34 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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