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20/08/2014

Ring

 

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Une rumeur circule dans les cours d'école : une vidéo maudite provoquerait la mort pile une semaine après l'avoir regardée... Rumeur apparemment stupide mais non moins fondée puisqu'on lui impute déjà quatre morts. La tante d'une des victimes, journaliste de profession, décide de mener l'enquête qui la mènera à une histoire de fantôme et de malédiction.

 

 

 

A moins d'avoir fait un séjour prolongé sur Mars ses 20 dernières années, ou de vivre en ermite coupé de toute civilisation, il est impossible d'être passé à côté de l'impact cinématographique de "Ring"... "Ring" n'est pas qu'un simple film d'horreur japonais, il est, au même titre que "Scream" pour les occidentaux, un précurseur du genre. Son succès phénoménal est à la base d'une vague de dizaines de films d'horreur nippons ancrés sur le même principe de la ghost-story moderne, et le film lui même a fait l'objet de nombreuses suites et parodies.


Le réalisateur Hideo Nakata était loin de s'imaginer que son film produirait un tel engouement. En combinant la tradition des "Yurei Eiga" (à savoir les films de fantômes japonais) des années 50-60 qui adaptaient les contes et légendes populaires des fantômes chinois (retranscrits par la suite en japonais) et un univers plus contemporain, Nakata a donné naissance à la silhouette mythique de Sadako. Avec ses longs cheveux noirs de jais qui dissimulent constamment un visage émacié, sa robe blanche immaculée et sa démarche inhumaine, elle devient l'incarnation du stéréotype de l'horreur à la japonaise. Le fantôme de Sadako a désormais sa place parmi les "monstres" les plus célèbres du cinéma d'horreur, aux côtés de nos chers Freddy, Jason, ou le tueur de Scream. De mon côté, j'étais persuadé de connaître le film après avoir vu "Scary Movie 3" qui parodie l'histoire mais j'ai finalement eu l'occasion de le visionner, et la surprise est de taille... Si le scénario est effectivement connu de tous, la mise en scène de Nakata mérite largement le coup d'œil.


Contrairement à la plupart des films d'horreur hollywoodiens qui misent tout sur la surenchère d'effets gratuits et de gore grand guignolesque, Nakata installe une ambiance sordide et pesante qui définit l'horreur sous un nouveau jour. Pour un spectateur nourri aux scènes téléphonées et qui a l'habitude de se laisser guider par la musique pour savoir quand le tueur va frapper, "Ring" surprend constamment en nous prenant totalement au dépourvu. Si le script peut parfois prêter à sourire (d'où les nombreuses parodies) tant il véhicule des concepts un peu inhabituels pour notre culture occidentale, la réalisation sérieuse et soignée de Nakata parvient à nous tenir en haleine jusqu'à la fin. Alors que la majorité des cinéastes hollywoodiens se ruinent en effets spéciaux et finissent par donner la migraine à force de multiplier les mouvements de caméra pour nous mettre mal à l'aise, Nakata s'en sort avec les honneurs avec un budget minimaliste.

 

En esthète de l'image, Nakata peaufine ses plans et crée une atmosphère troublante de chaque instant. Il doit d'ailleurs beaucoup à Kubrick, dont il emprunte les angles de caméra fixes à la géométrie travaillée. La scène où le fils de l'héroïne se promène à l'étage nous renvoie clairement à "Shining". Tout au long du film, les personnages sont enfermés dans un cadre artificiel fait de paravents ou de couloirs étroits - symboles d'un destin funeste auquel ils ne peuvent échapper... Sa mise en scène épurée et glacée nous file instantanément les chocottes. Même s'il ne se passe rien à l'écran, les angles de caméra biscornus et l'absence de musique maintiennent une tension palpable qui ne nous lâche jamais. En comprenant que la musique reste souvent le fil narratif d'un film de ce genre, Nakata multiplie les longs moments de silence et privilégie une bande son austère pour faire monter la tension. Les compositions de Kenji Kawai (spécialisé dans les films d'animation dont "Ghost In the Shell" de Mamoru Oshii") sont d'ailleurs plus proches d'un enchevêtrement de bruits plus ou moins étranges qu'une vraie mélodie de film. Tout est donc fait pour nous dérouter et nous plonger dans un univers aussi étrange que terrifiant. En clair, on a vite le trouillomètre à zéro...

 

Mais "Ring" surprend aussi par son audace narrative. Au lieu de plonger directement dans l'horreur pure, le réalisateur prend le temps d'installer ses personnages dans une réalité palpable. Le film se déroule essentiellement comme à une enquête policière ( avec la recherche minutieuse des indices, le décryptage de la K7 image par image...). En effet, conscient que son scénario (une K7 tueuse, sans blague...) risque d'avoir du mal à convaincre, il joue avant tout sur la crédibilité des situations et les fausses alertes. Pour autant, Nakata ne se réfugie pas derrière des « jump scares » de bas étage. Ici, pas de porte qui claque pour un rien, ou de chat qui bondit brusquement dans le champ de la caméra. Au contraire, le cinéaste parvient à nous faire peur avec des objets du quotidien tels qu'un poste de télé ou un vulgaire téléphone... Le film aurait pu s'appeler "7 jours pour mourir" et se résumer à une course effrénée contre la montre. Mais non. Le titre, c'est "Ring". Et "ring", c'est la sonnerie stridente du téléphone. Nakata pourrait faire un cours sur l'art d'insinuer la terreur dans le cœur du spectateur avec des gros plans sur la mobilier... Et ça, c'est la classe!

 

Malgré les nombreuses suites et remakes qu'il a engendré, l'original reste une valeur sûre pour tous les fans d'horreur à la japonaise. Hideo Nakata reste bel et bien The Lord of the Rings!

Note : *** / ****

 

 

 

14:42 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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