Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/09/2014

La Vie d'Adèle

 

PHOTO-Le-poster-officiel-de-La-Vie-d-Adele_reference.jpg

Adèle, 15 ans, rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve...

 

Z'y va, trop chanmé, ce film! Faut trop que tu le vois, sérieux. J'te jure, t'as tout le monde qui en parle à la télé et tout. Tiens, j'te fais le topo rapide. C'est une meuf, tu vois. Elle est au bahut, mais elle pige pas trop la life tu vois. Genre, elle sort avec un keum, mais elle le kiffe pas des masses et elle le téj direct. Et puis ses parents, c'est pas qu'ils sont relou, tu vois, mais bon ils sont pas très open cool, tu vois. Du coup, la meuf elle se cherche, tu vois. Elle lit des bouquins super compliqués sur le sens de la vie, tout ça. Elle est à fond, quoi. Et puis un jour, elle tombe carrément in love d'une autre meuf, le genre artiste branchée, stylée et rebelle qui se la pête, avec des cheveux couleur manga. Elles font leur vie, tranquille. Mais la meuf, elle est complètement teubé et elle arrive pas à s'assumer, et à rester dans une seule relation à la fois. Je te raconte pas la suite, mais j'te dis que l'autre meuf elle se véner à un moment, mais un truc de ouf. En plus, les deux meufs elles tchatchent comme nous, jte jure. Moi, ça me parle grave ce genre de film. Je m'identifie à mort.

 

 

D'entrée de jeu, on va mettre les choses au clair. Abdellatif Kechiche est depuis quelques années le chouchou du festival de Cannes. Trois films, trois triomphes aux césars. Faut reconnaître que le type a le vent en poupe. Sauf que moi, il commençait déjà à me sortir par les oreilles depuis « l'Esquive ». Son espèce de cinéma vérité qui raconte les pseudo-quêtes existentialistes de lycéens de banlieue, nourris aux SMS surtaxés et aux promo chez McDo, qui braillent dans un d'argot des cités, ça a peut être brossé la critique bobo dans le sens du poil, moi ça me gonfle. Mais avec autant de critiques élogieuses autour de son nouveau film, j'ai tenté ma chance avec « La Vie d'Adèle », en espérant cette fois ravaler mon venin et mes mauvaises paroles.

Premier constat : les deux actrices sont formidables. La jolie Léa Seydoux est une Marion Cotillard en puissance, et porte presque à elle seule le film sur ses épaules. De même, Adèle Exarchopoulos est parfaitement convaincante dans la peau d'une adulte en miniature qui découvre sa sexualité. Et pour finir, la photo est jolie et les images bien cadrées (si on aime les gros plans..). Voilà, ça c'était pour les bonnes choses. Parce qu'en dépit du talent évident des deux jeunes comédiennes, cette délicieuse romance saphique ne tarde pas à se transformer en cauchemar de beaufitude franchouillarde.

Fidèle à lui même, le réalisateur reproduit le réel dans ce qu'il a de plus banal et d'insignifiant. Il filme les angoisses vulgaires de ces égos meurtris et misérables dans un glamour froid et dénué de chaleur humaine. On y suit pas à pas le quotidien palpitant de son héroïne (je me lève, je prends mon petit déj, je vais à l'école, je mange des pâtes... fascinant), quitte à ce que l'histoire passe en second plan. Tout cela ne serait pas si dramatique si Adèle n'était pas juste une pisseuse pleurnicharde et immature, qui minaude autant que Bella dans « Twilight ». Elle peut bien porter toute la misère du monde sur ses épaules, nous on a juste envie de la voir passer sous un bus. Mais surtout, surtout... ça dure TROIS HEURES ! Si, si. Trois. Trois heures interminables, durant lesquelles j'ai eu littéralement l'impression de me liquéfier d'ennui.

Mais le pire, c'est qu'au lieu de rester en retrait pour souligner la douceur et l'intensité de la relation entre les deux amantes, Kechiche s'imagine être le créateur d'une chronique sulfureuse (ah, les scènes de sexe controversées) et illuminée, et n'hésite pas à nous rentrer dans le lard en brassant de l'air avec de la philosophie de comptoir à deux balles. Je fais de l'art, moi, môssieux ! Je fais dans la provoc et le cultivé, moi. Je fais pas des films pour la plèbe! Dégoulinant d'auto-satisfaction, il nous vomit son complexe de supériorité à la figure en jouant les cinéaste engagés et incompris. Et vas-y que je paraphrase Sartre et Marivaux à tour de bras, que je disserte pendant des plombes sur des expos de peinture, que je te balance des théories sur l'orgasme féminin en plein repas. Kechiche, c'est la masturbation intellectuelle pour les nuls. C'est le spectateur binoclard, pompeux et égocentrique, dans la file d'attente de « Annie Hall». C'est Ace Ventura qui exhibe son entrejambe en donnant des des coups de reins évocateurs, en s'écriant victorieux: « Oooooh oui ! Tu la sens ma grosse intelligence !!». Bref, c'est insupportable.

 

Je suis certain que d'autres spectateurs ont vécu quelque chose de plus intime et de de plus profond, mais le sujet méritait mieux que cette bouse ronflante et prétentieuse. Rien qu'à titre d'exemple, vous cherchez une satire sociale féroce et glauque où des jeunes adolescents en perte de repère se jettent âme éperdue dans les plaisirs charnels, tentez plutôt « Ken Park » de Larry Clark. Intéressés par le portrait tragique et touchant de deux jeunes lesbiennes ? « Créatures Célestes » de Peter Jackson vous comblera. Une comédie douce amère sur les relations de couple et l'épanouissement sexuel ? Jetez vous sur « Shortbus» de John Cameron Mitchell. Et pour finir, je ne saurais que vous conseiller une autre chronique intelligente et réaliste sur une tranche de vie adolescente : le récent «  Boyhood » de Richard Linklater. Pour un film polémique, cette adaptation de « Le Bleu est une couleur chaude » me laisse de glace.

 

Note : 0 / ****

 

12:48 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.