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30/09/2014

Sin City 2 : A Dame to Kill For

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A Basin City, Dwight veut se venger de celle qui l'a trahi, Ava Lord, alors que Nancy Callahan essaie de se remettre de la mort de John Hartigan.  

 

Sorti en 2005, « Sin City » est la première adaptation au cinéma des romans graphiques de Frank Miller. Un  polar noir et brutal, à la sauce cartoon pour adultes, doté d'un style visuel inédit pour l'époque. En effet, afin de reproduire les contrastes extrêmes des comics de Miller, le réalisateur Robert Rodriguez avait choisi une esthétique monochrome, privilégiant le noir et blanc et de rares notes de couleur, pour souligner certains détails ou émotions. Sans surprise,  « Sin City 2 » bénéficie du même travail esthétique, si bien que malgré la décennie qui sépare les deux œuvres, on replonge tout de suite dans l'ambiance, comme si on n'avait jamais quitté les personnages. 

Dans l'ensemble, le casting impeccable fait honneur au premier volet. On applaudira la performance du toujours admirable Joseph Gordon-Lewitt, qui se fond ici dans la peau d'un jeune loup aux dents longues, arrogant et sûr de lui, et de Jessica Alba, qui donne corps à cette jolie strip-teaseuse en quête de vengeance, ravagée par la haine et le chagrin. De même, on prend plaisir à retrouver Marv (Mickey Rourke), toujours aussi efficace dans l'art de casser de la petite frappe, et on appréciera la courte apparition du trop rare Christopher Llyod (« Retour vers le Futur »), qui s'amuse à jouer les chirurgiens excentriques. La vraie révélation vient cependant de Power Boothe, en politicien corrompu et sans pitié. Un regard de tueur sadique et le sourire carnassier de Michael Ironside lui suffisent pour rendre chaque scène hypnotique. Tous ces acteurs apportent une puissance émotionnelle évidente qui rend les histoires fascinantes. Hélas, la qualité de leur interprétation est inversement proportionnelle à leur temps alloué à l'écran. 

Les romans de Miller regroupent des histoires indépendantes, mais qui s'enchevêtrent entre elles dans le désordre. On y croise des personnages récurrents mais la chronologie complexe, à base de retours en arrière fréquents et de montage en parallèle, nécessite un certain temps d'adaptation. L'avantage, c'est qu'à la manière des films de Tarantino, il est toujours possible de présenter le même scénario, mais d'un point de vue différent. Tout ça pour dire que « Sin City 2 » n'est pas une suite à proprement dit. Si le film reprend effectivement là où il nous avait laissé (après le sauvetage de Nancy Callahan), la majeure partie de la narration est un long flash-back sur les origines de Dwight McCarthy, le personnage originalement joué par Clive Owen. 

Et c'est là que le bât blesse. Parmi les trois segments que regroupe le film, « A Dame to Kill For » est à la fois le plus important et le moins inspiré. Le script a beau reprendre à la ligne près les dialogues du roman, la mise en scène manque cruellement d'énergie, et le jeu monotone des acteurs finit par agacer. Dans le rôle titre de l'amant violent manipulé par la femme de ses rêves, Josh Brolin fronce très fort les sourcils. Face à lui, Eva Green, qui passe son temps en tenue d'Eve justement, joue de ses courbes affriolantes et de ses yeux de biche pour mieux attirer les hommes dans sa toile. Les deux comédiens sont certes convaincants, mais ils ne parviennent pas à insuffler la vie à leur personnage de papier. 

Le plus regrettable vient de Rodriguez lui même. C'est qu'en 10 ans, le bonhomme a bien changé. Grâce à un montage soigné et des cadrages surréalistes,  le premier « Sin City » offrait des scènes d'action fracassantes et totalement originales, dignes des premiers amours du cinéaste (« Desperado » et « Une nuit en Enfer » pour ne citer qu'eux). A l'opposé, la mise en scène  laborieuse de « Sin City 2 » se rapproche davantage de « Planet Terror » et des « Machete » - des série Z volontairement crades et mal fagotées, au scénario prétexte et à l'humour potache, qui font gicler l'hémoglobine. Des plaisirs coupables, à l'efficacité toute relative.  L'expérience sensorielle jouissive du premier film laisse ici place à une mise en scène ras des pâquerettes. Rodriguez se complaît dans une ambiance Grindhouse malvenue. Il se contente de filmer ses acteurs comme il lirait les romans de Miller, et oublie qu'il fait du cinéma. Le joyeux petit monde de Sin City a beau sortir grosses pétoires, katanas et autres arbalètes, on ne retrouve jamais la rage électrique et viscérale des affrontements du premier volet. 

 

Avec un écart de presque 10 ans entre les deux films, il serait idiot de considérer « Sin City 2 » comme une vulgaire suite opportuniste. Il s'agit clairement d'un projet mûrement réfléchi, désireux de respecter l'œuvre originale, et non d'un produit bassement commercial. Le film bénéficie d'un casting haut de gamme et d'un esthétisme séduisant qui font honneur à son univers tragico-trash. Malheureusement, à cause d'un rythme en dents de scie, de sa violence grotesque et d'un récit vainement confus, « Sin City 2 »,  n'est pas à la hauteur de son prédécesseur. Rodriguez remet le couvert, mais après une scène d'ouverture qui donne l'eau à la bouche, ces  histoires de vengeance qui se mangent froides sentent quand même bien le réchauffé...

Note : **/****

06:11 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sin city, miller

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