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14/04/2015

Nightcrawler (Night Call)

 

nightcrawler,gyllynhall

 

 

Branché sur les fréquences radios de la police, Lou Bloom parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales.

 

 


 

Nightcrawler c'est l'histoire de Kurt Wagner, un mutant à la peau bleue qui peut se téléporter et...attends un peu! Qui c'est qui a mélangé mes fiches..?

Bon, je reprend. Nightcrawler suit l'histoire de Lou Bloom (Jake Gyllenhall), un jeune homme ambitieux qui cherche juste à gagner sa croûte. Au départ, il a l'air gentil, Bloom. Bien sapé, il sourit tout le temps, il est toujours de bonne humeur. Pas une parole plus haute que l'autre. Mais il est pas clair le type. Il y a un truc malsain chez lui. Je sais pas, ça doit être les yeux... Une nuit, il se retrouve témoin d'un accident de la route, où il fait la rencontre d'un caméraman qui filme les scènes de crime et autres violentes tragédies, pour ensuite vendre ses vidéos au plus offrant. Un métier dur et éprouvant, qui en dégoûterait plus d'un. Bloom lui, il est sous le charme ; il vient de trouver sa vocation.

Oui, parce que sous ses dehors charmeurs de jeune premier, Bloom est un véritable sociopathe en puissance, complètement indifférent à la vie d'autrui. Bloom est sadique, arrogant, narcissique, calculateur et manipulateur. La déontologie, les questions d'éthique, tout ça, il s'en balance un peu. Qu'il filme les victimes d'une collision, ou des dépouilles criblées de balles, son visage glacé n'exprime d'émotion que lorsqu'il trouve enfin l'angle parfait pour capturer la boucherie. Car plus c'est gore, plus ça rapporte. Fusillades meurtrières riment avec opportunités de carrière, et tout ce qui l'intéresse, c'est les paquets de billets verts qui tombent dans sa poche à la fin de la journée.

Avec son antihéros misanthrope et asocial, qui erre la nuit dans les rues sordides à la recherche d'un crime, Nightcrawler a tout du Taxi Driver pour la nouvelle génération. Mais là, le nihilisme cher à Paul Schrader (le scénariste de Taxi Driver), laisse place à une autre triste réalité. Le monde moderne est toujours aussi pourri de l'intérieur, mais alors que Travis Bickle est l'homme qui s'est dressé contre le système, Lou Bloom, est celui qui l'exploite et qui en tire profit. Le monde des journaux télévisés est glauque et cynique à la fois. Aux infos, on cherche moins à informer les gens qu'à attiser leur intérêt morbide, en diffusant des scènes délibérément choquantes - si ça saigne, c'est bon pour l'antenne... Du coup, aussi méprisable qu'il soit, Bloom n'est qu'un opportuniste parmi tant d'autres, dans un univers cruel où la vie humaine n'a de valeur que quand elle s'achève.

Pour un premier passage derrière la caméra, Dan Gilroy livre une oeuvre crépusculaire, esthétiquement très soignée. Avec son atmosphère tantôt fiévreuse, tantôt désintéressée, et sa représentation de L.A comme une cité tentaculaire dorée aux néons, Nightcrawler se rapproche autant de Collateral de Michael Mann, que de Drive de Nicolas Winding Refn. Dan Gilroy, est le frère du scénariste Tony Gilroy. Ce dernier est notamment connu pour son travail sur la trilogie Jason Bourne, sur Michael Clayton et sur L'Avocat du Diable. Autrement dit, d'un côté, il écrit des dialogues ciselés au couteau et des scènes d'action palpitantes. De l'autre, il parvient à nous plonger dans le monde terrifiant des bureaucrates sans scrupules, littéralement prêts à vendre leur âme afin d'assouvir leur soif de contrôle et de pouvoir. Le frérot, lui, fait de même, mais dans un seul film. La première heure, presque contemplative, dresse le portrait d'un maniaque dangereux, qui dissimule son caractère impulsif et violent, derrière l'apparence d'un jeune cadre dynamique. Au contraire, dans sa deuxième partie, le film nous tient scotchés à l'écran, grâce à un suspense à vous faire grimper en flèche la tension artérielle.

Mais Nightcrawler c'est surtout Jake Gyllenhall à l'apogée de sa carrière. Le comédien se glisse sans peine dans la peau d'un personnage aussi désarmant qu'inquiétant, dans une performance hypnotique, qui nous renvoie à celle d'Anthony Perkins dans Psychose. L'acteur a perdu beaucoup de poids pour le rôle, afin de paraître plus menaçant. Mais 90% de son jeu se passe au niveau des yeux. Tout est dans le regard. Un regard intense et pénétrant, qui vous transperce de part en part, et vous glace jusqu'aux os. Côté casting, on appréciera aussi le retour des vétérans Bill Paxton et Rene Russo (qui ont connu leurs heures de gloire dans les années 80, 90). Mais Gyllenhall porte à lui seul le film sur ses épaules, et électrise la caméra avec une performance mémorable, injustement snobbée aux Oscars.

 

Nightcrawler est à la fois un thriller poisseux et déprimant, une satire des médias, et un commentaire social acerbe sur les dangers du capitalisme à tout prix. On pourra regretter quelques longueurs, mais la folle interprétation de Jake Gyllenhall suffit à emporter l'adhésion. Lou Bloom est un monstre sans âme, mais au visage humain. Un charognard de l'info. Avec le cerveau d'une calculette. Et l'oeil d'une caméra.

 

Note : ***/****

06:37 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nightcrawler, gyllynhall

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