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08/05/2015

Holy Motors

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Une journée en compagnie de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie...

 

 


 

Holy Motors, c'est une comédie à propos d'un homme d'affaire qui se déguise en mendiant pour faire la manche. Non c'est pas ça. Holy Motors, c'est un drame sur un criminel chargé d'assassiner son jumeau. Non plus. Holy Motors, c'est un film fantastique où une créature difforme hante les cimetières. Non, non, non! Holy Motors, c'est l'histoire d'un type qui habite avec des chimpanzés. Rhaa, non c'est pas ça non plus...

 

Le problème quand on parle de Holy Motors, c'est qu'on ne sait pas trop par où commencer. En gros, Holy Motors raconte l'histoire d'un certain Monsieur Oscar, une sorte d'acteur, qui passe l'essentiel de son temps à l'arrière de sa limousine de luxe, qu'il a transformé en véritable loge d'artiste, avec miroirs, perruques diverses, et autres accessoires de maquillage. Son boulot consiste se rendre d'un rendez-vous à un autre tout au long de la journée, pour incarner différentes personnes. Il sillonne ainsi les rues de Paris, en jonglant entre différentes identités. Mais Qui est ce Monsieur Oscar? D'où vient-il? Quel est le but de ses activités? Et surtout, où sont les caméras? On n'en saura pas vraiment davantage. Tout comme chez David Lynch, qui est clairement une influence évidente, le film pose beaucoup de questions, mais c'est au spectateur de trouver ses propres réponses.

D'ailleurs, Holy Motors est moins construit comme un film à part entière, mais plutôt comme une série de sketchs, cousus ensembles par une même trame narrative. A travers sa structure éclatée et les thèmes récurrent du costume et du masque que l'on enfile, le film devient alors une allégorie sur la renaissance et la métamorphose, où chacun joue à la fois son propre rôle, et peut aussi changer de « vie » plusieurs fois au cours d'une même journée. Avec sa mise en scène minimaliste, et une idée de départ aussi conceptuelle et théorique, un cinéaste mal appliqué aurait pu transformer Holy Motors en film intello à deux balles, insupportablement prétentieux et vain. Fort heureusement, c'est loin d'être le cas. En évitant le risque de nous perdre dans les méandres de son script existentialiste, le réalisateur et scénariste Leos Carax impose au film une clarté éblouissante, souvent à mi-chemin entre le kitsch et le grotesque, qui ne donne jamais l'impression d'être laissés sur le bord de la route. Au contraire, il nous invite gaiement à entrer dans son univers absurde et faussement mélancolique, pour mieux profiter de cette expérience complètement déconcertante, mais surtout délicieusement ludique.

Holy Motors est avant tout une ode à la magie du grand écran, de la part d'un cinéaste illuminé, qui s'affranchit de toute limite. Tout comme son protagoniste, le film se renouvelle constamment. Chaque rendez-vous de Monsieur Oscar donne lieu à une scène qui emprunte ses codes à un genre cinématographique différent. On passe brusquement du drame social, à la comédie musicale, en faisant un petit tour du côté du cinéma d'horreur, et de la science fiction. Et on se laisse alors rapidement envoûter par une mise en scène complètement folle, qui multiplie les hommages au cinéma d'antan, en associant le surréalisme baroque de Luis Bunuel, au macabre raffiné de Georges Franju, et à la poésie fragile de Jean Cocteau.

Mais le film ne serait qu'un écrin vide, sans le jeu hallucinant de Monsieur Oscar lui même, l'acteur fétiche de Carax, le comédien Denis Lavant. En véritable Chaplin des temps modernes, ce caméléon de l'écran réussit le prodige de s'effacer totalement derrière tous ses personnages (dont le grand retour de Monsieur Merde pour les connaisseurs), malgré le fait que nous puissions l'observer se maquiller dans sa loge avant chaque représentation. Son entière performance est une lettre d'amour au métier de comédien, et on aurait pu rêver pour lui d'une statuette en récompense de son talent – tout comme Jean Dujardin avec The Artist, l'année précédente. Mais il ne recevra hélas qu'une ridicule nomination aux Césars.

 

 

A l'heure où la plupart des cinéastes français se force à rentrer dans le rang, en proposant des œuvres calibrées pour un public formaté et bien pensant, on a de plus en plus besoin de metteurs en scène, anarchiques et courageux comme Gaspard Noé et Leos Carax, pour donner un grand coup de pied dans la fourmilière et secouer un peu les cocotiers. Carax déboule cette fois, avec un ovni décoiffant, une oeuvre expérimentale, à la beauté formelle sidérante, et au charme mystérieux, qui ne cesse de nous questionner sur notre propre rôle de spectateur. « La beauté est dans l'oeil de celui qui regarde », il paraît. Dans ce cas, Holy Motors est un message d'espoir pour le cinéma français d'aujourd'hui. Nous avons tous le pouvoir de choisir ce que nous mettons devant nos yeux, alors cessons de nous contenter de ces comédies populaires bas de plafond et de ces mélos soporifiques et niais qui envahissent l'Hexagone, et n'ayons pas peur de demander des oeuvres de qualités, qui peuvent encore nous émerveiller et nous surprendre, et ce jusqu'à la dernière image. Des oeuvres... comme Holy Motors.

 

Note: ****/****

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